Amazon ou la réussite de l’e-commerce

La crise générée par la pandémie de coronavirus a eu un impact majeur sur bon nombre d’activités au plan mondial. Ainsi, différents secteurs ont été contraints de cesser leurs activités pour une période consistante. Le tourisme et l’aviation ont subi une paralysie totale au moment où certaines industries connaissent une réduction importante de leurs productions du fait des mesures de confinement instaurés par plusieurs Etats pour parer à l’expansion du virus. Mais cet arrêt temporaire est devenu l’oasis fructueux des sites de ventes en lignes. En effet, la demande des consommateurs s’est vue à la hausse en un temps record et les commandes ont affolé la toile. Leur comportement a été contraint de changer immédiatement, et ce à grande échelle. Ceux qui sont isolés ou enfermés, ne pouvant plus accomplir leurs tâches habituelles, se sont directement tournés vers les réseaux pour effectuer leurs transactions. La vente d’article en ligne a alors grimpé d’une manière très rapide.

Les récentes analyses menées par l’entreprise de marketing Bazaarvoice/Influenster ont montrées que la pandémie de coronavirus a entrainé un pic de vente en ligne d’articles de sport, matériels informatiques, logiciels, jeux et jouets. L’analyse se base sur les données provenant des sites Internet qui composent le réseau mondial Bazaarvoice, représentant plus de 6 200 marques et distributeurs. Parallèlement, une étude signée Influenster révèle l’impact de la Covid-19 sur l’état d’esprit et les habitudes d’achats des consommateurs. Plus de 16 000 personnes ont été interrogées à cet effet. Les besoins physiologiques ont ainsi pris le dessus sur les autres. Sur la seule première semaine du mois de mars, le cabinet d’étude Nielsen a constaté des ventes record, 164 millions d’euros de chiffres d’affaires qui ont été relevés avec une augmentation des commandes en ligne de 61%. Le secteur pharmaceutique a enregistré une hausse de 17% au moment où celui des High Tech en connaissait 15%. Les commandes de produits alimentaires et boissons ont quant à elles connu une augmentation de 85 %, la tendance étant aux courses en ligne en ce temps de crise.

Aux Etats-Unis, entre les courses à livrer le plus rapidement possibles aux clients et les courses à emporter sur les fronts de l’e-commerce et du divertissement, les enjeux sont devenus majeur pour le géant de la vente en ligne Amazon. Ainsi, la multinationale américaine a dû supporter une augmentation fulgurante des commandes avec son appareil logistique. Le défi était alors de taille pour la firme de Bezos qui, jusqu’au second trimestre 2020, parvenait à faire face avec succès à cette tempête mondiale. Partie d’une librairie en ligne dans la dernière décennie du 20ème siècle, la multinationale Amazon est devenue aujourd’hui le plus grand magasin virtuel du monde avec une force de frappe logistique sans commune mesure dans le monde. Le réseau de distribution d’Amazon a vu le jour en 1997 avec deux premiers centres à Seattle et dans le Delaware. Le point de départ d’une expansion logistique à grande échelle, d’abord aux États-Unis puis en Europe, qui va considérablement à partir de 2005, l’année de lancement de son service de livraison express Prime. Ce dernier compte désormais plus de 150 millions d’abonnés dans le monde, avec des plateformes streaming de vidéos et de musique en prime.

Après avoir tissé sa toile à l’international pour dominer l’e-commerce mondial, sauf en Chine, où le géant Alibaba reste impérial, Amazon dispose aujourd’hui d’un véritable empire logistique. Celui-ci repose sur plus de 1 000 sites actifs à travers le monde, couvrant une superficie totale de près de 24 millions de mètres carrés, selon les données du cabinet de conseil en logistique MWPVL International. Sans surprise, c’est aux États-Unis que l’on retrouve le plus grand nombre de sites actifs avec 500 centres dédiés à la logistique, devant l’Inde (350) et le Royaume-Uni (100). En France, Amazon compte 23 sites : 7 centres de distribution, 4 centres de tri, 11 centres dédiés à la livraison du dernier kilomètre et un centre de logistique urbain. 

L’année dernière, le géant américain a notamment renforcé sa flotte d’avions pour mieux desservir le marché nord-américain, de manière à être en mesure d’assurer les livraisons en un temps record pour ses abonnés Prime : un jour contre deux auparavant. Amazon espère atteindre une flotte de 70 avions à l’horizon 2021. Outre les avions, Amazon mise sur les drones pour réduire les délais de livraison. Selon Morgan Stanley, le groupe livre déjà lui-même presque la moitié de ses marchandises aux États-Unis via son propre service.

Ainsi, pour la majorité des internautes, Amazon est tout simplement devenu le réflexe e-commerce par défaut. Et au-delà du large catalogue de produits que propose la marketplace américaine, c’est bien son offre Prime qui fait la différence. 64% des membres Prime estiment qu’Amazon est le meilleur prestataire pour effectuer des livraisons gratuites, contre 25% pour les non-membres. 87% des membres Prime précisent d’ailleurs que la vitesse des livraisons est cruciale à leurs yeux. Preuve de l’efficacité du service express du géant américain, 72% des sondé indiquent qu’ils aimeraient que d’autres marques et commerçants proposent des services identiques à Amazon Prime.

Le patron de la multinationale a vu sa fortune enregistrée une hausse de 20% en raison de sa participation de 11% dans l’entreprise. En outre, l’augmentation de l’activité chez le premier e-commerçant du monde se retrouve dans ses performances en Bourse qui ne cessent d’atteindre des sommets. Amazon a battu la semaine passée un nouveau record historique au Nasdaq avec un cours boursier à plus de 2 400 dollars pour s’approcher des 1 200 milliards de dollars de capitalisation, et ainsi revenir à quelques encablures d’Apple.

Dans ce contexte, Jeff Bezos, qui détient 11% des actions d’Amazon, voit sa fortune personnelle gagner 26 milliards de dollars de plus depuis le début de l’année. Avec un pactole estimé par Bloomberg à 141 milliards de dollars, le patron du mastodonte américain a pu ainsi aisément se permettre de faire un don de 100 millions de dollars aux banques alimentaires américaines, confrontées elles aussi à une demande inédite.

La stratégie de diversification d’Amazon porte aujourd’hui largement ses fruits. Ce n’est ainsi pas un hasard si l’activité qui rapporte le plus au groupe américain n’est pas l’e-commerce mais le cloud. Lancée en 2006, la division Amazon Web Services (AWS) est devenue la vache à lait de la firme de Jeff Bezos. Elle a généré 35 milliards de dollars de revenus en 2019, en hausse 37%. La branche AWS représente aujourd’hui seulement 11% de la totalité des revenus d’Amazon, mais 67% de son bénéfice d’exploitation. Pour se rendre compte de la force de frappe de la division cloud d’Amazon, AWS génère plus de revenus en un trimestre que Google Cloud en un an. Au quatrième trimestre 2019, AWS a ainsi généré un chiffre d’affaires de 9,9 milliards de dollars, contre 8,9 milliards de dollars sur toute l’année 2019 pour Google Cloud.

Dans cette période de confinement, l’e-commerce, le cloud et le divertissement étant trois secteurs lourdement mis à contribution, Amazon voit sa stratégie de diversification validée par le marché. Une stratégie que le groupe entend poursuivre dans le lucratif secteur de la santé, qui se retrouve évidemment au cœur de la crise du coronavirus. L’occasion pour Amazon de démontrer une nouvelle fois sa force d’adaptation sur les marchés que l’entreprise convoite. Le laboratoire de dépistage de la Covid-19 en est une preuve supplémentaire. Certes, le projet d’Amazon n’en est encore qu’à ses balbutiements. Et pour l’heure, peu de détails ont filtré à son sujet. Le géant américain lance déjà de bons présages pour une humanité qui semble encore tenir la béquille.

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