L’impact vertigineux du racisme sur l’économie : l’exemple du monde de l’emploi

Dans le contexte actuel de mondialisation économique, les mouvements migratoires internationaux sont appelés à prendre de l’ampleur. Les pays qui traditionnellement ont attiré de nouveaux arrivants, comme l’Afrique du sud, les Etats-Unis et le Canada, ont vu leurs niveaux d’immigration augmenter depuis quelques temps et il est à prévoir que cette tendance va se maintenir. D’autres pays qui autrefois envoyaient une partie de leur population ailleurs, comme les pays de l’Afrique subsaharienne et ceux de l’Europe occidentale, reçoivent maintenant des immigrants.

Les déplacements de populations sont affectés par des conditions économiques et politiques changeantes qui poussent les gens à quitter un pays. Ils dépendent aussi du désir d’autres pays d’assurer leur développement économique et de combler des besoins en main-d’œuvre. Dans la mesure où ils répondent aux incitations économiques des individus et des communautés, les mouvements migratoires améliorent le bien-être de ceux qui y participent mais demeurent parfois une véritable source de racisme paralysant ainsi les données économiques mondiales.
Les distorsions provoquées par le racisme dans le monde ne cessent de foisonner d’une manière spectaculaire. En réalité, au-delà des considérations d’ordre humanitaire, le racisme jette ses tentacules négatifs sur l’économie des nations les plus hostiles à une ouverture extérieure. En effet, ces sociétés construisent une hiérarchisation sociale où certains groupes sont stigmatisés, racialisés. Ces groupes changent, parfois, avec le temps mais la rhétorique reste stable.

Dans ce processus, les groupes racialisés ne sont pas simplement qualifiés de différent, ils sont surtout infériorisés, minorisés et de ce fait, voient leur chance de participer à l’économie atténuée parfois de manière drastique. Les membres sont des “sous-citoyens” à qui on nie la légitimité de leur demande d’égalité de droit, de parole, d’estime. Ces lubies racistes se manifestent le plus souvent dans le monde du travail.
L’un des meilleurs indicateurs alternatifs de la discrimination au travail est le taux de chômage: il montre indéniablement que certaines minorités raciales sont plus particulièrement victimes de la récession économique actuelle. Par exemple, aux Etats-Unis, les chiffres du ministère du Travail (DOL – Department of Labor), montrent des différences sensibles quant aux résultats des Afro-Américains comparés à ceux des Blancs ou même des autres minorités. En effet, le taux de chômage reste presque deux fois plus élevé pour les Afro-Américains que pour la population blanche des Etats-Unis et les écarts se sont creusés depuis le début de la pandémie de coronavirus. Cette situation vécue par les personnes d’ascendance africaine est un grave sujet de préoccupation partout dans le monde.

En Afrique du Sud, le taux de chômage est plus élevé dans la population noire que dans la minorité blanche et les Noirs sont moins représentés dans les postes de direction. En effet, La diversité des espaces et leur inégale intégration dans la mondialisation tiennent ensuite à la mise en place de mesures ségrégationnistes durant le XXème siècle dans plusieurs pays. La ségrégation urbaine n’est pas spécifique à l’Afrique australe, mais la politique qui la sous-tend est unique par sa violence et sa rigueur. Ce qui apparaît propre à l’apartheid tel qu’il est conçu en Afrique australe, incluant la Namibie et le Zimbabwe, réside dans la mise en place d’une ségrégation à l’échelon interurbain et d’un processus « d’urbanisation déplacée ».
À cet échelon, la ségrégation implique le déplacement des populations non-blanches qui ne bénéficient pas d’un contrat de travail en ville vers des réserves africaines dénommées bantoustans. La dépendance des populations déplacées aux centres urbains situés à des dizaines ou centaines de kilomètres et l’absence de services et d’infrastructures dans ces territoires a conduit à la destruction de la paysannerie africaine qui, incapable de générer une surproduction, ne pouvait être compétitive face à l’agriculture blanche, et a abouti à la création de véritables poches de sous-développement au sein de ces territoires.

En Amérique latine, les questions raciales demeurent également dans le monde du travail. Selon Rafaela Egg, du Bureau de l’OIT pour le Brésil, spécialiste des questions d’égalité raciale et de genre dans le monde du travail, le Brésil est touché lui aussi: les données montrent que le taux de chômage parmi les travailleurs noirs ou bruns de peau se situe environ à 10,1 pour cent, comparé à 8,2 pour cent parmi les travailleurs blancs. «Une partie du problème vient de la perception largement répandue que le Brésil ne souffre pas de discrimination raciale», affirme Mme Egg. C’est pour cette raison que les questions raciales n’ont pas été suffisamment mises en lumière dans cette grande région amazonienne.
En réalité, il ne s’agit pas de dire qu’il n’y a eu aucune tentative pour initier un changement. En Europe par exemple, toute une série d’initiatives ont cherché à promouvoir le développement des compétences générales et l’activité économique des Roms et des gens du voyage, surtout en Bulgarie et en Irlande. La situation délicate des Roms en Europe est une source de profonde inquiétude en ce qui concerne les actes discriminatoires ou xénophobes et plusieurs acteurs se sont mobilisés pour améliorer cette situation. En Slovaquie, qui a subi les foudres d’Amnesty International pour son traitement des Roms, US Steel Košice, filiale de United States Steel, a élaboré un projet axé sur le soutien à l’emploi des citoyens du village de Vel’ka Idà où 40 pour cent de la population sont des Roms.
Cependant, ces initiatives sont extrêmement peu nombreuses et le Centre européen des droits des Roms (CEDR) affirme que la discrimination raciale à l’encontre des Roms est un problème courant dans toute l’Europe et qu’elle contribue à leur exclusion et leur pauvreté. De nombreux Roms n’ont pas d’instruction, sont au chômage et vivent à l’écart dans des logements insalubres; ils ont une espérance de vie bien inférieure à celle du reste de la population. Cela va sans dire, l’absence d’éducation, de formation et d’expérience professionnelle est un énorme obstacle à leur participation au marché du travail.

Il existe aussi un certain nombre de mécanismes de microcrédit et de programmes de formation professionnelle tels que le Programme pour le développement du peuple gitan lancé en Espagne.
Un rapport de Citi et de l’Oxford Martin School affirme que sans la contribution des migrants à la croissance économique, les principales économies de l’OCDE seraient moins riches de centaines de milliards d’euros.
C’est un rapport qui va balayer les idées reçues sur les migrants. Non, les immigrés ne nuisent pas à la santé économique des pays qui les accueillent. Comme le rapporte zonebourse.com, l’étude “Migration and the Economy : Economic Realities, Social Impacts and Political Choices”(Migration et économie: réalités économiques, impacts sociaux et choix politiques) apporte de nouvelles preuves des liens entre immigration et croissance et dynamisme des économies. En effet, les chercheurs ont établi que l’immigration a un impact bénéfique et notable sur la croissance économique récente des pays de l’OCDE.
Ainsi, la discrimination raciale systémique au sein de la culture d’entreprise en Europe prend différentes formes selon les groupes qui sont représentés. Les enjeux peuvent différer pour les Noirs, et les peuples d’Asie ou originaires d’Asie du sud. Certaines de ces différences peuvent être identifiées et examinées avec des outils d’assistance au diagnostic basés sur la recherche. Peut-être que l’évaluation systématique de la culture d’entreprise peut fournir une preuve utile dans les contextes d’atteinte aux droits de la personne, et peut suppléer le témoignage individuel, qui ne révèle peut-être pas de motifs.
En pratique au Royaume-Uni, si on avait stoppé toute immigration, le niveau du PIB réel aurait été inférieur d’environ 175 milliards de livres ces dernières années. En Allemagne également, le PIB réel aurait été inférieur de 155 milliards d’euros sans l’apport des immigrés. Aux États-Unis, les industries et régions les plus performantes économiquement dépendent de la contribution des migrants. Leur apport est majeur dans la création d’entreprises et la croissance économique. En effet, le sujet des migrants est souvent politiquement exploité et on tend à les présenter comme des personnes profitant des aides sociales en France. S’il ne faut pas généraliser sur le profil type d’un migrant, on note malgré tout qu’ils consomment moins d’aides sociales et reçoivent moins d’argent public que les résidents nationaux du pays dans lequel ils migrent selon le rapport GPS Citi-Oxford.
D’autre part, ils sont pour la plupart en âge de travailler donc productifs et augmente le ratio actifs / personne à charge des économies qui les accueillent. Leur formation et éducation ne sont en outre pas à la charge de leur pays d’accueil, mais payées par leur nation d’origine.

L’immigration est donc une source de stimulation de la productivité et de la croissance économique. Pour Ian Goldin, professeur en mondialisation et développement à l’université d’Oxford et auteur principal du rapport, “l’immigration contribue à augmenter les niveaux de revenus et d’emploi des économies de l’OCDE”. Il estime que “les immigrants sont des gens exceptionnels qui, aux États-Unis et au Royaume-Uni, sont deux à trois fois plus susceptibles de lancer une nouvelle entreprise ou de créer une innovation brevetable que le reste de la population”.
Pour le professeur, “l’image d’un raz-de-marée de migrants s’emparant des emplois ne repose sur aucune preuve”. Il estime à l’inverse que “les migrants ont tendance à créer des emplois et à augmenter globalement les revenus et favorisent également une plus forte participation des femmes au marché du travail”.
Les discriminations raciales notées dans le monde de l’emploi ne sont alors qu’un faciès caractérisant les plus hostiles à une ouverture extérieure. L’observation des flux actuels qui réduisent le monde en un village planétaire doivent nécessairement supprimer les clivages raciaux et permettre à chacun, où qu’il puisse se situer, de pouvoir accéder au travail. Ainsi, l’acclimatation doit être le mot d’ordre. En réalité, les questions raciales sont un risque de régression importante de l’économie des pays qui compte un nombre accablant de racistes.

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