Pétrole et environnement

La plupart des sources d’énergie nécessaires au fonctionnement de nos sociétés sont fournies par le gaz et le pétrole. Mais leur extraction génère également une série de coûts sociaux et environnementaux présents et futurs, directs et indirects, qui doivent être comparés aux bénéfices qu’ils apportent.

La dépendance mondiale à l’égard du pétrole est énorme – il alimente nos moyens de transport, chauffe ou refroidit des bâtiments et sert à créer des produits chimiques industriels et domestiques. 60% de la production de pétrole est utilisée pour le transport, essentiellement les voitures et les camions. Le pétrole est une énergie non-renouvelable que nous consommons actuellement au rythme de 70 millions de barils par jour et certaines estimations prévoient que cela doublera d’ici 2025. D’autres estimations de géologues travaillant dans l’Industrie Pétrolière prévoient de sévères pénuries de pétrole et de gaz d’ici 2025 avec un épuisement progressif des réservoirs. Certains gisements de pétrole dans le Texas et la Mer du Nord s’assèchent déjà.

L’Industrie Pétrolière a des impacts sur les êtres humains et sur l’environnement, à travers le réchauffement de la planète, les opérations terrestres et maritimes et à travers des impacts positifs ou négatifs sur les économies nationales. Les actions non réglementées de l’Industrie Pétrolière détruisent les habitats et portent atteinte à la biodiversité. Les déversements de pétrole ont endommagé des forêts de mangrove, des récifs coralliens et des pêcheries, à la suite d’accidents graves et de fuites régulières impliquant des pétroliers, des balises de chargement et des plateformes de forage et de production. Le transport du pétrole est aussi impliqué dans les dommages écologiques : par exemple, on estime à 16.000 le nombre de déversements pendant la construction de l’oléoduc trans-alaskien (Dudley et Stolton, 2002). Les accidents de navires pétroliers sont d’autres exemples bien connus de désastres écologiques qui ont des effets à long terme sur l’environnement.

Les Industries Extractives ont rarement contribué d´une façon positive au développement durable et à la protection de l’environnement. L’industrie est considérée par de nombreuses associations et organisations civiles comme ayant contribué à la corruption, la pollution et l’agitation sociale – y compris les guerres -dans plusieurs pays, notamment en Afrique.
Différents organismes, internationaux et nationaux ont entreprit des efforts pour aider l´Industrie Extractive et les gouvernements afin d’aider à la résolution des problèmes cités ci-dessus. On peut citer comme différents organismes :
La convention de l’ONU sur la corruption, l´Initiative de Transparence des Industries Extractives (ITIE), les lignes directives de l´Organisation de Coopération et de Développement Economiques pour les compagnies multinationales et les conditions de la Banque mondiale pour le financement de tels projets. Il a été demandé aux gouvernements de signer ces conventions internationales et d’insister pour que les compagnies pétrolières signent et respectent les ITIE et les initiatives similaires.

Les gisements de pétrole et de gaz offshore dans l´écorégion de l´Afrique de l’Ouest sont jugés beaucoup plus petits que ceux de la Mer du Nord, ils peuvent donc s’épuiser encore plus rapidement – d’ici 8 à 15 ans. Il est de ce fait vital que les économies nationales restent diversifiées et ne deviennent pas trop dépendantes des revenus du pétrole (Maladie Hollandaise). Le développement de sources d’énergie renouvelables doit suivre le même rythme que les extractions des ressources fossiles. Il est recommandé aux gouvernements de procéder à des estimations de leur potentiel offshore, comme l’a fait le Royaume Uni avec le graphique ci-dessus. De tels graphiques pourraient aider à la prise de décision avant la délivrance de licences d’exploitation. Cela permettrait aux gouvernements, entre autres, de mesurer les bénéfices économiques produits par l’extraction de pétrole offshore par rapport aux risques potentiels et aux coûts socio-économiques et environnementaux impliqués.

La recommandation internationale est que les plans d’exploitation de gaz et de pétrole ainsi que les plans de protection de l’environnement marin doivent être développés dans le contexte de stratégies de développement national, ainsi que l’ont recommandé les sommets sur le développement durable de Rio (1992) et Johannesburg (2002).
Le pétrole et le gaz ne sont pas des ressources inépuisables, mais peuvent par contre contribuer à un développement durable à travers des stratégies nationales d’énergie/d’énergie renouvelable.
Une des façons d’aider l’élaboration de stratégies nationales pour les secteurs du pétrole et du gaz offshore est de mener une évaluation environnementale stratégique (EES). De telles évaluations sont recommandées par le Groupe de la Banques Mondiale, l’Union Européenne et beaucoup d’autres organisations, notamment le Rapport d´Evaluation des Industries Extractives.

Le Rapport d´Evaluation des Industries Extractives (EIR) commissionnée par le Groupe de la Banque Mondiale (GBM) recommande que des évaluations d’impacts précédant l’exploitation prennent en compte de multiples aspects (environnementaux, socio-économiques) et soient conduites de façon large. Les impacts sociaux doivent être clairement identifiés, notamment les risques sanitaires et les effets des projets sur les groupes vulnérables. Le rapport recommande d’autre part que le Groupe de la Banque Mondiale ne finance aucun projet pétrolier, gazier ou minier ou aucune activité susceptible d’affecter des zones actuellement protégées, des habitats naturels fragiles, ou des zones que les décideurs envisagent de désigner comme « zones protégées ». Tout projet de l’industrie extractive financé à l’intérieur d’une zone de biodiversité importante doit subir des études supplémentaires de développement alternatif. Sur la base de cette ligne d’action, le Rapport d´évaluation des Industries Extractives recommande la création de « zones interdites » aux projets d’exploitation pétrolière, gazière ou minière.
Des pays tels que le Canada, la Nouvelle Zélande et l’Argentine utilisent des systèmes cartographiques pour illustrer la vulnérabilité écologique et la valeur économique de différentes régions de leur zone côtière afin d’aider à la prise de décision. Les zones à haute valeur écologique, culturelle ou touristique ou les zones essentielles pour la pêche, telles que les zones de reproduction sont déclarées zones interdites à l’industrie pétrolière offshore.

Le Royaume Uni mène une évaluation environnementale stratégique de sa zone marine, afin de prévoir et d’évaluer les impacts environnementaux d’une politique, d’un plan ou d’un programme. Une EES est conduite à un niveau stratégique – à la différence de l’évaluation d’impacts environnementaux (EIE) réalisée pour une activité spécifique et isolée. L’EES s’intéressera aux impacts individuels et cumulatifs, à la fois sur l’environnement et les structures socio-économiques. Avant que l’exploitation pétrolière ne démarre, le ministère du commerce et de l’industrie responsable de l’exploitation du pétrole offshore consulte toutes les parties prenantes, afin d’identifier quels sont les sujets d’inquiétude et d’établir la meilleure pratique environnementale.
Les parties prenantes impliquées dans les EES de pétrole et de gaz incluent la population côtière, des ONG (telles que la Société Royale de Protection des Oiseaux et le WWF), les autorités locales, les agences gouvernementales (le comité de protection de la nature), des spécialistes du domaine (universités, consultants commerciaux), les industries souhaitant participer à l’exploitation ainsi que d’autres industries maritimes et côtières telles que le secteur de la pêche ou le tourisme (site Internet du ministère du commerce et de l’industrie du Royaume Uni).

L’écorégion marine d’Afrique de l’Ouest (Mauritanie, Sénégal, Gambie, Guinée Bissau, Guinée et Cap Vert) couvre une zone de plus de 1,5 million de km2 et rassemble plus de 22 millions d’habitants.
Environ 60% de cette population vit sur la zone côtière. Les 3500 kilomètres de côte sont composés d’habitats très variés : falaises rocheuses, grandes plages de sable et de vasières recouvertes d’herbiers marins au nord, et des forêts denses de mangrove au sud (PRCM, 2000). Chaque année, ces beaux paysages attirent de nombreux touristes vers la région. La plupart d’entre eux se rendent en Gambie, au Sénégal et au Cap vert pour y passer leurs vacances dans des stations balnéaires de luxe. Beaucoup de touristes visitent aussi les réserves naturelles côtières toutes proches, telles que les forêts de mangrove du Sine Saloum au Sénégal, la réserve ornithologique de Tanji en Gambie et les coraux entourant l’île de Sal au Cap Vert.
L’archipel des Bijagos en Guinée Bissau, les îles de Los en Guinée et les Parcs nationaux du Banc d’Arguin et du Diawling en Mauritanie ont également des arguments de taille pour attirer de nombreux touristes.

Aujourd’hui, la pêche est le secteur économique principal de la région. Les eaux côtières sont parmi les plus poissonneuses au monde, grâce aux alizés qui poussent les eaux de surface pauvres en nutriments au large et ramènent des eaux riches en nutriments des profondeurs de l’océan jusqu’à la surface. La combinaison de soleil éclatant et d’upwelling provoque une explosion de la croissance algale qui forme la base d’une chaîne alimentaire extrêmement productive. Plus de 600.000 personnes travaillent dans l’industrie de la pêche. Les pêcheurs locaux utilisent de petits bateaux motorisés (pirogues) et pêchent dans les eaux côtières, tandis que les grands chalutiers industriels étrangers exploitent les ressources halieutiques plus au large. Les licences de pêche vendues aux flottes étrangères contribuent de manière significative aux revenus de l’Etat, notamment au Sénégal et en Mauritanie. La pêche, dans cet écosystème, génère quelque 500 millions d´Euros chaque année, ce qui en fait aujourd’hui une source unique de devises et une source essentielle de revenus pour le développement économique et social. En revanche, les ressources de ce riche écosystème marin sont mises à rude épreuve. Sur les 22 espèces de poissons à valeur commerciale analysées dans la région, sont classées comme surexploitées et au moins une est menacée d’extinction

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