Un grand éditorialiste, un grand écrivain, un fervent défenseur du continent est parti, Bechir Ben Yahmed est mort laissant une œuvre très riche à ses disciples.

 Fondateur de Jeune Afrique et de La Revue, observateur et éditorialiste engagé, BBY a été un témoin privilégié de tous les soubresauts de l’Afrique et du Moyen-Orient. Il s’est éteint le 3 mai à Paris.

Dans ses Mémoires, à paraître mais sur lesquelles, en perfectionniste et perpétuel insatisfait qu’il était, Béchir Ben Yahmed travaillait depuis plus de dix ans, il avait consenti à se livrer un peu. À coucher sur papier la façon dont il se voyait. Exercice rare et sans doute difficile pour lui. Il s’y décrivait en journaliste, chef d’entreprise, homme de gauche. N’ignorant pas que certains le disaient têtu, il corrigeait : « persévérant ». Autoritaire ? « C’est une légende », assurait-il avant d’expliquer qu’il avait été, dans sa jeunesse, d’une « timidité maladive » et que ce trait de caractère expliquait peut-être un abord parfois abrupt. Issu d’une génération de jeunes militants indépendantistes, il avait suivi une voie différente de celle de la plupart de ses camarades et disait n’en éprouver aucun regret, tout au contraire. « De tous mes congénères, ces futurs hauts cadres du tiers-monde naissant, aucun n’a suivi l’itinéraire que j’ai emprunté, écrivait-il. La plupart ont été ministres, fonctionnaires internationaux, Premier ministre, parfois même chefs d’État. »Ministre à 28 ans Jeune Afrique, disait-il, avait été l’œuvre de sa vie. Lorsque certains, qui l’avaient connu membre du premier gouvernement de Bourguiba, continuaient, des décennies plus tard, à s’étonner qu’il n’ait pas creusé ce sillon-là et demandaient « ce qu’il s’était passé » pour que le jeune et prometteur ministre tourne le dos à la politique, il répliquait sans hésiter : « Il s’est passé que je ne l’ai pas voulu. Parce qu’il y a un prix à payer, que je refuse de payer. Je ne veux pas faire.Il y a soixante ans, alors que la majeure partie des pays d’Afrique accédaient à l’indépendance, Béchir Ben Yahmed créait à Tunis un hebdomadaire dont l’ambition était de porter la voix de tout un continent : « Afrique Action », qui devait très vite devenir « Jeune Afrique ».C’était il y a soixante ans, le 17 octobre 1960 précisément. Les lecteurs d’Afrique francophone – pas tous, naturellement, l’Algérie notamment en était alors privée – découvraient dans les kiosques un nouveau magazine d’information intitulé Afrique Action. Sous-titre : « Hebdomadaire panafricain ».Aux commandes de l’aventure, un duo que les Tunisiens connaissent bien : Mohamed Ben Smaïl, rédacteur en chef, et Béchir Ben Yahmed (BBY), qui, comme il le racontera plus tard, gère « tout le reste » : ligne éditoriale, recrutements, abonnements, ventes, diffusion, publicité, administration, relations extérieures.Voix de l’Afrique francophone .En cette année 1960, l’Afrique bouge, tout comme la Tunisie… et BBY : d’abord ministre du premier gouvernement Bourguiba, puis développant des entreprises, nouant des accords commerciaux, il voyage, rencontre les indépendantistes d’Afrique subsaharienne et les révolutionnaires latino-américains. Un vent puissant souffle sur le monde. Demain, l’Algérie voisine, l’Afrique tout entière seront indépendantes. Un média devra porter sa voix, en tout cas celle de l’Afrique francophone. « À l’époque, se souvient BBY, l’Afrique, ça n’existait pas, moi, je ne la connaissais pas. Pourtant, avec une grande inconscience, je me suis dit qu’il fallait un journal pour tout le continent. »  

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