Tourisme sportif

Le tourisme sportif constitue un ensemble de productions originales qui rendent compte d’un double métissage des pratiques habituelles du tourisme et du sport mais également des activités sportives et touristiques. Voyager est une réponse à des aspirations caractérisées plus qu’une quête indéfinie. En privilégiant la destination sur le voyage, le tourisme sportif instrumente le déplacement en le saturant de signification.

Fondé à la fois sur l’évolution du sport classique vers les loisirs sportifs et sur la massification et la diversification du tourisme, le tourisme sportif revêt un intérêt croissant suscité par l’impact économique qui lui est associé et l’attractivité qu’il génère en raison des valeurs et des représentations qu’il véhicule (environnement, écologie, liberté, souci du bien-être, etc.). Ces éléments porteurs font que la communication institutionnelle du tourisme se réalise de plus en plus avec le support des activités sportives. En outre, sa dynamique provoque des débats qui sont au cœur de la réflexion actuelle concernant le développement territorial, le commerce équitable et la gestion des ressources. Par ailleurs, le tourisme sportif ne constitue pas un secteur uniformément identifié dans tous les pays du monde comme cela peut l’être en Amérique du Nord, en Australie ou au Mexique, par exemple. Pour qui veut s’aventurer à connaître le tourisme sportif dans la panoplie d’informations disponibles au niveau international, le constat est double. D’une part, les données accessibles sont limitées et, hormis des revues comme The Journal of Sport and Tourism ou les Cahiers Espaces, proviennent généralement d’études commanditées par des agences spécialisées ou des organisations (relevant de la puissance publique) qui publient des statistiques sur le tourisme en fonction de leur spécificité ou pour nourrir leurs propres projets. D’autre part, l’identification du tourisme sportif comme vecteur du tourisme est embryonnaire et très souvent limitée à une identification des « sports structurants du tourisme ».

Des travaux précurseurs de chercheurs s’interrogeaient sur ce qui est caractéristique du tourisme sportif. Le fait de participer aux grands événements sportifs (Jeux olympiques, Championnats du monde, Coupe du monde…) associe des prestations touristiques à des services sportifs même si le consommateur est passif. La participation à des pratiques sportives ou à des loisirs sportifs sur un lieu de vacances constitue une autre catégorie d’observations combinant sport et tourisme. D’autres réflexions portent sur la visite de lieux culturels en rapport avec le sport : musées, monuments, installations sportives, attractions. Entre ces catégories d’observations, il existe un élément commun : l’association ou la combinaison du terme « sport », ou du moins d’éléments du sport, avec des services touristiques.
Par ailleurs, la réflexion des chercheurs sur le tourisme sportif a donné lieu à des propositions ou à des contributions pour le définir. Plus ou moins techniciennes ou catégorielles, ces définitions ont eu le mérite d’ouvrir le chantier, mais elles provoquent deux commentaires. Premièrement, elles ont pour point de départ une approche fondée sur la répétition d’observations de pratique. Deuxièmement, les faits observés sont fondés sur des catégories distinctes : les usages, les produits ou la nature de l’expérience. On retiendra de ces travaux la prééminence de l’implication sportive sous l’angle de l’investissement et sous celui du type d’expérience. Ce qui est en jeu dans ce souci de l’implication, c’est la difficulté à considérer que peuvent être qualifiées de sportives des activités non directement et essentiellement motrices, mais relevant de l’univers culturel du sport, qui est lui-même lié à des définitions restrictives et, encore une fois, techniciennes du sport.
La prise de conscience du sport comme un vecteur des produits touristiques a fait son chemin sans toutefois s’inscrire dans une réflexion systématique articulée sur la compréhension de la valeur ajoutée du tourisme sportif et sur l’explication de son organisation.

Le développement socio-économique du tourisme et du sport dans le monde
Le tourisme international a connu un développement spectaculaire depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, même si son rythme de croissance s’est ralenti depuis 1980. En effet, les arrivées touristiques à l’échelle mondiale ont été multipliées par 10 entre 1960 (69,3 millions) et 2019 (697,6 millions). En 2008 déjà, selon l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), le tourisme était un des moteurs de la mondialisation et repré­sentait pour les pays membres un des secteurs les plus dynamiques. En effet, ces derniers représentaient 70 % de l’activité touristique mondiale et le secteur constituait 30 % de leur exportation de services. La même année, selon le World Travel and Tourism Council (WTTC), le tourisme représentait 9,9 % du PIB mondial, 11 % des exportations et 8,4 % de l’emploi mondial. Au sein de l’Union européenne, le tourisme contribue actuellement à 4 % du PIB (ce pourcentage variant entre environ 2 % et 12 % selon les états membres) ; sa contribution indirecte à la formation du PIB est bien supérieure puisque le tourisme génère indirectement plus de 10 % du PIB européen et représente plus de 12 % de l’emploi total. Néanmoins, dans leur rapport de 1982, les experts de l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) ont défini que « le rôle économique du tourisme ne se limite pas à ses effets au niveau international. C’est au niveau national que se manifestent, avec la plus grande intensité, ses effets étant donné que le tourisme peut être, en tant que secteur productif, un facteur de développement et de redistribution de l’activité économique ».

Dans le même temps, les motivations des vacanciers sont devenues à la fois simples en termes d’aspirations (repos, dépaysement, convivialité familiale ou amicale) et complexes en termes de disponibilité et de pouvoir d’achat (fraction­nement des vacances, frontières de plus en plus floues entre travail et loisirs, etc.). Un autre paradoxe concerne l’augmentation des courts séjours permettant une rupture avec le rythme du quotidien, avec des aspirations à des séjours plus longs afin de prendre le temps de vivre. Ces touristes oscillent aussi entre achats de dernière minute, selon les envies et les disponibilités, et achats planifiés longtemps à l’avance. Cependant, face à la standardisation et à l’uniformisation de l’offre (villages de vacances, centres urbains, commerces, parcs de loisirs, etc.), certains vacanciers souhaitent devenir de « nouveaux voyageurs » qui privilégient l’émotion, les rencontres culturelles et humaines. D’autres sont aussi à la recherche d’authenticité (vivre les traditions et les cultures du pays), d’enchantement (donner du sens, vivre des émotions, découvrir l’autre). Cette quête d’authenticité est parfois difficile à combler lorsque les traditions se perdent. Pour y remédier, certains acteurs (pays, villes, etc.) n’hésitent pas à thématiser certains parcs (Puy du Fou en Vendée, Dracula en Roumanie, etc.), certains villages (faux villages mexicains), etc. Le tourisme aujourd’hui est plus une mise en scène commerciale qu’une expérience culturelle. Quand l’ambiance locale ne fournit pas son lot d’expériences, on se charge de le recréer artificiellement pour que chaque client ait droit à son lot de poncifs exotiques. Cette tendance se retrouve dans des parcs de type « Disneyland Paris » ou des stations touristiques de type « Arc 1950 ». Les envies des touristes sont partagées entre repos et activités, et ce, au sein d’un même séjour. Ils ont des pratiques très diversifiées pendant leurs vacances. En effet, si 30 % des personnes ne pratiquent pas d’activité particulière, 30 % choisissent des activités culturelles et 54 % pratiquent une activité physique durant leur séjour en France et à l’étranger.

Le sport, d’une manière globale, représente environ 2 % du PIB dans les pays riches de la planète. Rien que la consommation mondiale d’articles de sport a atteint 182 milliards d’euros pour la seule année 2018 (NPD Market Research Group). En Amérique du Nord, selon une étude du Convention Bureau’s North American le sport compte pour 25 % et 34 % respectivement des recettes du tourisme et de l’évènementiel. En France, les dépenses liées au sport ont atteint 31,7 milliards d’euros pour l’année 2019. Les ménages qui pratiquent un sport régulièrement représentent entre 50 % et 85 % de la population selon les différentes estimations. Leurs dépenses sportives forment la moitié des dépenses globales aux alentours de 15,7 milliards d’euros pour l’année 2019 selon l’Institut national de la statistique et des études économiques. Ce qui fait des ménages les premiers à financer l’industrie du sport. La consommation de biens et services sportifs représente 1,6 % de la consommation finale des ménages depuis une dizaine d’années
Le poids du tourisme et du sport dans le développement social et économique
En somme, le poids socio-économique des marchés du tourisme et du sport est significatif d’un rôle social et économique fondamental. Par conséquent, il est possible d’avancer l’idée que le secteur du tourisme sportif (issu du croisement des deux), même si l’on ne dispose pas encore de données précises le concernant, occupe une place importante dans le développement socio-économique. Cette importance est aussi mise en avant dans les politiques de développement des territoires et des états. Le tourisme sportif trouve ainsi sa place dans les dimensions fondamentales de l’organisation sociale que ce soit à l’échelle nationale ou mondiale.
Au regard de sa complexité et de son importance, le tourisme sportif se trouve être récupéré, voire instrumentalisé, par différents acteurs : entreprises, états, fédérations sportives, consommateurs… lesquels y investissent et s’y investissent. Les enjeux, les objectifs et les logiques de ces nombreux acteurs sont à ce point variés et multiples qu’ils constituent une orga­nisation complexe et large en même temps. Certes, le tourisme sportif est devenu une véritable source de revenus, d’activités et d’emplois pour les territoires touristiques, mais il l’est également pour les espaces supports (territoires pourvoyeurs de pratiquants ou lieux d’accueil et/ou de transit).
Ceci étant, bien que les chiffres clés concernant le tourisme sportif ne soient pas connus, en croisant ceux des marchés du tourisme et du sport, on peut faire l’hypothèse qu’ils sont également importants. Cependant, il est possible de fournir quelques chiffres indicatifs concernant certains segments du secteur du tourisme sportif ou certaines activités localisées. Par exemple, les territoires touristiques « campagne et montagne », fortement liés aux loisirs sportifs, représentent respectivement 28,2 % et 7,5 % de la consommation touristique mondiale.
Si l’importance sociale, politique et économique du tourisme sportif au plan mondial n’est plus à démontrer dans le mode de vie des pays occidentaux et riches, il représente également aujourd’hui pour les pays émergents et en voie de développement un véritable enjeu de progrès social et économique, voire une véritable aubaine en termes de rentrée de devises pour tenter une reconversion réussie de leurs systèmes socio-économiques.

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